La Saga des rats

(samedi 30 novembre)

Liliane Fainsilber


Freud termine cette nouvelle série de notes du samedi 30 novembre par cette phrase écrite en gras " " Choses importantes là-dessous. L'histoire des rats devient de plus en plus un POINT NODAL "

A vrai dire, ce sont les trois séries de notes du mardi 26, vendredi 29 et samedi 30 qui organisent ce point nodal mais on a quand même du mal à savoir déjà comment tous ces entrecroisements entre les Ratten et Raten s'organisent mais il me semble que tous commencent à converger vers la faute du père, ses dettes de jeu.

J'ai essayé de regrouper tout ce qu'on découvre progressivement à propos de cette grande saga des rats

Notes du mardi 26 novembre :

" Aujourd'hui il a été invité à un rendez-vous, et a pensé tout de suite : " des rats ".
Est-ce le même rendez-vous qu'il évoque dans les notes du samedi ( p. 171 ) : " D'autres histoires de rats ; mais comme il l'avoue à la fin, il ne les réunit que pour ne pas dire les fantasmes de transfert venus dans l'intervalle et qui, comme il le voit, signifient le remords, à propos du rendez-vous qui doit avoir lieu aujourd'hui. Est-ce un rendez-vous amoureux ? Une façon d'être infidèle à sa dame, son coup de canif à lui ?

Pour revenir aux notes du mardi, on trouve de plus évoqué le lien entre les rats et la syphilis : " Les rats signifient la peur de la syphilis "

Notes du vendredi 29 :
Questions d'argent avec ses amis.
" Les rats " ont avec l'argent un rapport particulier. Hier en empruntant deux florins à sa sœur, il a pensé : " chaque florin - un rat " - Quand, dans notre premier entretien, je lui avais indiqué la condition à propos de mes honoraires, il s'était dit " pour chaque couronne, un rat pour les enfants "

Il pose une équivalence entre Ratten et Raten, rats et paiements partiels
" C'est ainsi qu'argent et syphilis convergent en rats. Maintenant, il paie en rats, en " devise-rats "

Donc pour résumer à la suite de ces deux premières séries de notes nous avons l'équivalence posée rats = argent= syphilis mais aussi enfant qui n'est là qu'évoquée à propos des honoraires versés à Freud :
(Un rat = un florin) = " un rat pour les enfants "


Dans les notes du samedi 30 novembre, il me semble que cette équation des devises-rats se déploie et se complexifie mais je n'ai pas eu l'impression - tout au moins à cette première lecture - qu'y apparaissent des sens nouveaux, bien au contraire l'équation converge et trouve peut-être son sens dernier dans les dettes de jeu du père au nom de cette équivalence posée Ratten/Raten.

On retrouve en tout cas mis dans une relation de contiguïté dans le récit et le supplice des rats, le sadisme du père et le fait qu'il avait commis un abus en jouant aux cartes (une dette de jeu). Freud pense même que cette longue chaîne d'associations portant sur les rats les conduira au mariage du père, mariage d'argent sans doute en raison de ces devises-rats.