Suite de la saga des rats

La faute du père assumée par les fils, sans rien en savoir, peut-elle être retrouvée dans l'analyse et donc acquittée ?

(Notes du samedi 30 novembre) (p.173)

Liliane Fainsilber

Il y a une sorte de foisonnement de fantasmes sadiques ayant pour objets des animaux, beaucoup de rats mais aussi des chats. On peut se demander s'il n'y a pas là, comme à propos du petit Hans, un noyau phobique de sa névrose obsessionnelle. Ce qui le laisse penser c'est cette phrase de Freud : " A ce même endroit, il y avait de deux chats qui poussaient des cris pitoyables, et un jour il a vu un ouvrier qui frappait contre le sol un sac contenant un objet. Il s'était renseigné et avait appris que c'était un chat, et qu'après on l'avait jeté dans la chaudière. Ensuite d'autres cruautés qui finissent par viser le père. " (C'était son père qu'il était dans le sac.)

Retournement : c'est maintenant l'évocation du sadisme du père et des châtiments corporels dans l'armée. Il avait donné un coup de crosse à une recrue.

Toutes les composantes anales sont mobilisées au cours de ses séances : il y a d'abord eu l'évocation des selles et de l'apprentissage de la propreté, les composantes sadiques de la pulsion anale, puis brusquement apparaissent les questions d'argent et les dettes de jeu du père. Freud note en gras une question à laquelle il semble donc attacher beaucoup d'importance - et il se révèle qu'elle en a en effet - " L'a-t-il jamais remboursé ? "

Les phrases qui sont rapportées par Ernst et prononcées par son père et par celui qui à ce moment là l'avait aidé à rembourser sa dette me semblent également importantes, car elles ont dû être transmises par le père dans l'histoire familiale: Il s'agit d'une faute grave du père, d'une malhonnêteté. Puisqu'il a joué au jeu une somme d'argent qui ne lui appartenait pas et dont il était responsable. De nos jours, on appellerait cela un détournement de fonds, encore qu'il n'y ait pas eu d'enrichissement personnel puisqu'il avait tout perdu.

Pour cela, pour cette dette de jeu, à ses yeux et aux yeux de celui qui va l'aider à rembourser sa dette il mériterait de se donner la mort. N'est-ce pas le crime que se reprochait Ernst qui ressurgit là ?
Cela m'a fait penser à cette phrase de Lacan, le fait que ce qui se transmet de père à fils, c'est toujours la faute des pères. Il en prend comme exemple le père d'Hamlet " mort dans la fleur de son péché ".

On peut se demander ce qui se transmet de la faute des pères dans la psychanalyse, de Freud à Lacan et de Lacan à ceux qui l'ont suivi. Il y aurait beaucoup à en dire mais ce sera pour une autre fois : -)