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projets de mariage et "origine de la maladie"

 

Nous arrivons donc à ces notes du 8 décembre qui sont présentées, sous-titrées :

« origine de la maladie ».

Le projet de mariage avec une belle jeune fille de dix-sept ans, riche de surcroît, ce qui l’aurait amené à renoncer à son amour pour sa cousine.

Tous se passe comme si depuis quelques jours, tout se précipitait quant au déchiffrage de son obsession.

On peut se poser une question à propos de cette dénomination « origine de la maladie », puisque nous avons aussi appris qu’il y avait eu une recrudescence de sa névrose après la mort de son père. Comme si , en fait, il y avait plusieurs origines. Cela m’a fait penser à ce que Freud dit du rêve à propos du capitaliste et de l’entrepreneur du rêve.

Ce projet de mariage a-t-il été le capitaliste ou l’entrepreneur de sa grande obsession? Il joue un rôle équivalent au reste diurne du rêve, il est occasion du déclenchement de la névrose, mais il lui donne simplement l'occasion de se manifester, en lui donnant un support transférentiel. Il est ce qui permet la manifestation, l’expression de son désir inconscient manifestement très entravé, conflictuel. Mais le capitaliste lui est ailleurs il est la source infantile de sa névrose, peut-être dans cette phrase qui prend la forme d'une implication logique "si... alors", dont Freud dit que c'est "la petite cellule élémentaire de sa névrose" : "Si j'ai le désir de voir une femme nue, alors mon père devra mourir".

Mais le difficile c'est de réarticuler cette phrase à son obsession des rats. On verra si c'est possible.

Liliane.

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Côté obsessions : se protéger les mains (qui ont touché la fille, avant de rouler une cigarette,
aussi refuser de donner la main à Freud qui se met les doigts dans le nez (!) .
Il y a beaucoup d'anal dans cette séance, de cul, d'argent, de rats. Et toujours la balance entre l'amour et l'argent.
Une question, qui est Mme F., p 181, Mme Freud ?
Ce que Freud dit bien, c'est la contradiction qui existe pour Ernst entre sa mère, qu'il estime raisonnable côté argent, et son père dont il envie peut-être le côté bonhomme et plus frivole.
Freud est toujours encore dans le saucissonnage du transfert.
C'est très rapide, mais faut avancer ...
Gabrielle

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Bonjour à tous, bonjour Gabrielle,

Comme vous le soulignez, il faut bien avancer ! Par moment j’ai l’impression que nous nous enlisons un peu dans ce journal d’une analyse, mais ce doit être le propre des journaux intimes, car après tout c’est le journal intime de Freud par rapport à cette analyse, et il n’était absolument pas destiné à la publication, ce qui fait que par moment, comme il ne s’adresse qu’à lui-même, nous ne sommes plus tellement concerné par ce qu’il écrit, il ne nous sollicite pas. Je crois que cela nous fera beaucoup de bien de relire le texte des cinq psychanalyses, car au moins, il s’adressera à nous.

Il n’empêche que cette expérience de lecture du journal est quand même fructueuse, malgré son côté un peu fastidieux, besogneux, car c’est la première fois et l’unique fois que nous pénétrons au cœur de l’expérience analytique de Freud et, quand même, vue du côté de l’analyste et non pas de l’analysant.

Vous évoquez à nouveau l’abondance de ces signifiants anaux qui se répètent depuis toutes ces dernières séries de notes, mais je trouve qu’y apparaît, cette fois-ci, en plus, la dimension du « toucher ».

Comme vous le soulignez, il a peur de mettre en contact, par ses mains, la couturière et sa dame, par sa l’intermédiaire de sa blague à tabac :

« Il est tenté de ne pas employer les doigts qui avaient touché la fille pour tirer de la blague à tabac offerte par sa cousine, de quoi se rouler une cigarette, mais finit par résister à cette tentation. »

A propos de ce « toucher », je repensais à ce qu’on appelle « les cinq sens » tels qu’on le retrouvent mis en scène dans certains tableaux.

Y sont nommés : la vue, l’ouie, l’odorat et le toucher.

Si on compare ces cinq sens aux quatre objets a décrits par Lacan, le regard, la voix, le sein, la merde, ou encore les trois sources pulsionnelles de Freud, on voit qu’à chaque fois, il y en a un qui n’est pas pris en compte.

Dans les cinq sens, ce qui est omis, c’est l’anal.

Dans les objets a, ce qui est omis, c’est l’odorat. Or nous verrons qu’il est quand même pris en compte par Freud mais occupé à une toute autre fonction, comme « base organique » du refoulement.

De même que devient le toucher, dans ces approches analytiques ?

Tout comme l’odorat, il est versé au compte de l’anal, sous la forme de ce que Freud appelle « pulsion d’emprise ». C’est par son entremise sans doute que les composantes sadiques de la pulsion anale peuvent être explicitées avec nom qui lui est associé « sadique-anal », terme qui comme le soulignait Lacan, ne va pas tellement de soi.

Amicalement. Liliane.

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C'est intéressant, le rapport que vous faites entre les cinq sens, les sources
pulsionnelles
de Freud et les objets a possibles.

Des 5 cinq sens, le toucher est le seul à n'être pas en relation avec un trou
dans
l'enveloppe corporelle. Pour le moment, je 'en conclus rien ...

Gabrielle

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Bonjour et bonne année à tous,

"Freud qui est bon linguiste repère que ce toucher n'est pas forcément
matériel, il agit aussi par contiguïté signifiante".

Le "cordialement" de la carte de Freud a du aussi le toucher; il le
trouve "trop intime".

Marc

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Merci Marc, je ne l'avais pas repéré mais ce "cordialement" est en effet un très bel exemple de cette contiguïté signifiante insupportable. Liliane.

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A propos des deux petits symptômes d'Ersnt concernant le toucher :

- Il hésite à toucher avec ses doigts qui avaient touché la couturière la blague à tabac que lui avait offert sa cousine.

- De même il ne veut pas serrer la main de Freud parce qu’il se mettait les doigts dans le nez (c’est Freud qui le fait)

J’ai un peu relu ce que Freud avait écrit sur ce qu’il appelle « tabou du toucher ». Il y a sans doute d’autres occurrences, peut-être dans les textes sur la N.O. , mais en attendant, il y une très belle approche dans Totem et tabou. p. 48 édition Payot. C’est dans la partie 2 du chapitre 2, intitulé « Le tabou et l’ambivalence des sentiments ». D’après le titre on comprend vite pourquoi la névrose obsessionnelle y est partie prenante.

Il appelle en effet cette névrose «maladie du tabou ».

Comparant les tabous dans le champ social et dans la névrose Freud écrit : « La première ressemblance, et les plus frappantes, entre les prohibitions obsessionnelles et le tabou consiste en ce que ces prohibitions sont aussi peu motivées que le tabou et ont des origines tout aussi énigmatiques. Ces prohibitions ont surgi un jour, et depuis l’individu est obligé de subir leur contrainte en vertu d’une angoisse irrésistible. Une menace extérieure de châtiment est superflue, car le sujet possède la certitude intérieure (conscience) que la violation de la prohibition sera suivie d’un malheur terrible. Tout ce que les possédés sont à même de dire, c’est qu’ils ont un pressentiment indéfinissable que la violation serait une cause de préjudice grave pour une personne de leur entourage…. La prohibition principale, centrale de la névrose est, comme dans le tabou, celle du contact, d’où son nom phobie du toucher. La prohibition ne porte pas seulement sur l’attouchement direct du corps, mais s’étend à toutes les actions que nous définissons par l’expression figurée : se mettre en contact, venir en contact. Tout ce qui oriente les idées vers ce qui est prohibé, c'est-à-dire tout ce qui provoque un contact purement abstrait ou mental est prohibé au même titre que le contact matériel lui-même. »

Freud en donne un exemple clinique :

Une de ses malades exige qu’un objet acheté par son mari soit éloigné de la maison, car il l’a acheté dans une rue appelée rue des Cerfs, or une de ses amies, qu’elle a maintenant perdue de vue, s’appelait justement Madame Cerf. «Cette amie qui lui est maintenant « impossible », tabou, et l’objet acheté ici, à Vienne, est aussi tabou que l’amie elle-même avec laquelle elle ne veut avoir aucun rapport ». C’est également ce qui se passe pour Ersnt, c’est par l’intermédiaire de la blague à tabac, que sa cousine et la couturière risqueraient de se trouver en contact l’une avec l’autre.

C’est important cet « impossible » lié au tabou, car Lacan a opposé, « le désir insatisfait de l’hystérique » et « le désir impossible de l’obsessionnel ». Par cette notion des objets tabous, on en a peut-être une approche inattendue.

On peut ainsi la question de savoir si la cousine, sa Dame, n’est pas son objet tabou, impossible pour de multiples raisons, la première et la plus importante étant qu’elle se refuse à lui et ne compte pas l’épouser. C’est donc pour lui, un amour voué à l’échec mais n’est-ce pas ce qu’il cherche.

En tout cas dans ce passage dénomme à la fois la névrose obsessionnelle « maladie du tabou » et aussi « phobie du toucher »

Mais Freud qui est bon linguiste repère que ce toucher n’est pas forcément matériel, il agit aussi par contiguïté signifiante. Bonne journée et bon retour pour ceux qui ont pris quelques vacances. Liliane Fainsilber.

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Hum ! j'ai fait un beau lapsus, les "possédés" au lieu des "obsédés". Cela transforme la névrose obsessionnelle en hystérie, du style "les possédées de Loudun". Ce lapsus est à travailler sans doute quant à ce qu'il en est du tabou dans l'hystérie. Pour l'instant, je n'en sais rien. Sauf quand même que j'ai mis ses possédés du coté du masculin. Liliane.

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Dans ces notes du 8 décembre, denses, il y a un fil conducteur. Saleté = argent
= mariage, opposé à amour, à ne pas toucher avec les mains sales. C'est plein de
contradictions dans ses sentiments vis-à-vis de ses deux parents. Tout y est, sauf la mort (et encore, peut-être une allusion à son choix infantile entre ses deux soeurs, dont l'une est morte ?).

L'anal est aussi dans les vents que laissait échapper son père, et dans le fait
de tenir tête à sa mère au sujet de ses reproches d'avoir dépensé trop d'argent, argent qui est quand même le sien, mais dont il a laissé la gestion à sa mère. Il se donnerait donc le droit de le lâcher sans l'autorisation de sa mère ...

Pour les 5 sens, petite, je m'interrogeais : auquel ou auxquels je pourrais
renoncer le plus facilement, tout en restant reliée au monde extérieur ? l'histoire de cette jeune américaine aveugle et sourd-muette avait dû me marquer.
Merci pour les extraits de Freud.

Gabrielle

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Pardon, je ne comprends pas bien "capitaliste ou entrepreneur du rêve" ?
Gabrielle

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Merci, Gabrielle, pour cette question qui m'a incitée à rechercher cette référence dans l'Interprétation des rêves.
Quand nous avons travaillé le texte de Dora, nous avions lu, à propos de son premier rêve, celui de l'incendie dans la maison, que le rêve tient toujours sur deux jambes, il est toujours lié à un événement de la veille, qui est en quelque sorte l'agent provocateur du rêve, c'est la première jambe, la seconde est toujours un souvenir infantile, c'est ainsi que dans ce rêve, ce que Freud retrouve c'est le fait que le père de Dora venait la réveiller la nuit pour l'empêcher de mouiller son lit.
Dans l'interprétaion des rêves, Freud utilise donc une autre métaphore, celle de l'entrepreneur et du capitaliste. Elle se trouve p. 477.

Le capitaliste, c'est le désir inconscient du rêve, l'entrepreneur c'est ce qui arrive au sujet dans la journée, des menus événements de la vie quotidienne.
"Je puis maintenant, écrit Freud, définir nettement l'importance du désir inconscient dans le rêve. J'accorde volontiers qu'il existe toute une classe de rêves provoqués principalement ou même exclusivement par des restes de la vie de la journée ; et je pense que même mon désir de devenir Professeur extraordinaire aurait pu cette nuit-là me laisser dormir en repos... la force pulsionnelle nécessaire à l'apparition d'un rêve supposait un désir... S'il nous est permis de recourir à une comparaison : il est très possible qu'une pensée diurne joue le rôle d'entrepreneur du rêve ; mais l'entrepreneur qui, comme on dit, à l'idée et veut la réaliser, en peur rien faire sans capital ; il lui faut recourir à un capitaliste qui subvienne au frais ; et ce capitaliste qui engage la mise de fonds psychologique nécessaire pour le lancement du rêve est toujours, quelque doit la pensée diurne, un désir venant de l'inconscient."

Cette définition du désir inconscient comme capitaliste du monde des rêves me plait vraiment bien surtout au moment où on parle tellement de ces nouvelles économies psychiques issues de ce discours capitaliste c'est plutôt rafraichissant et surtout rassurant. Bonne journée à tous. Liliane.

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Bonjour et bonne année à tous!
Juste une remarque sur la note 377 de la page 76 du journal : l'expression "IM Arsch lecken" (équivalente à peu près à un "tu peux aller te faire foutre") commentée par les traducteurs est en effet une expression "toute faite" comme ils l'indiquent ; il est vrai que de nos jours on dira "du kannst mich mal AM Arsch lecken" et non pas "...IM Arsch lecken" ; cependant ce "IM" n'est pas un lapsus de Freud ; il se peut que ce soit une reproduction textuelle des paroles de Ernst, qui, comme nous le savons a lu (du) Goethe ; l'expression devenue très populaire aujourd'hui apparaît pour la première fois dans une oeuvre de Goethe et avec un "IM" qui veut dire littéralement "lécher DANS le cul" ce qui est encore un peu plus cru que "AM Arsch lecken" qui serait l'équivalent de lécher le cul, de maniére plus extérieure en quelque sorte...
Je nous souhaite à tous une bonne reprise... en tous les cas de la lecture de ce journal ! : )
Amicalement, Catherine

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Bonjour Catherine, savez-vous où se trouve cette expression employée par Goethe ? C'est amusant de repérer ces transferts pulsionnels de ces expressions :
du foutre à lécher le cul, on passe de l'oral à l'anal, et aussi au phallique. Liliane

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Bonjour, oui la citation se trouve dans une pièce de Goethe intitulée "Götz von Berlichingen" vous trouverez des précisions sur le site fr.wikipedia.org/wiki/Götz_von_Berlichingen ; je remets en fichier joint le tableau sur les noms dès que j'aurai remis la main dessus... Bonne journée, Catherine

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A propos des vents du père, nous sommes tout près de l’âme et du souffle divin, l’esprit saint, celui qui a fécondé la Vierge mère.

Il y a deux belles références à ces gaz intestinaux du père, l’une se trouve dans l’Interprétation des rêves, Freud y évoque le concours de pets (c’est amusant : il n’y a pas de correcteur d’orthographe pour ce mot sur Word ), qui est raconté dans le roman de Zola « L’Assommoir », c’est à propos de l’un de ses rêves ( je vous en dit plus dans la journée ou demain )

L’autre, est un magnifique texte d’ Ernest Jones qui je pense a pour nom « Le mythe de le fécondation de la Vierge par l’oreille ». C’est en effet par cette voie qu’elle a été fécondée, selon les évangiles.

Ces deux références sont intéressantes, notamment par rapport au père de Ernst.

Dans ces notes, on voit en effet ce qu’il en est de l’amour de la mère pour le père, ce qui ne doit pas être sans effet dans la mise en place de sa névrose : « La mère le qualifiait de « type vulgaire » parce qu’il avait l’habitude de lâcher des vents sans se gêner ».

A cause des différents sens que peuvent prendre ces vents qui sont littéralement sublimés en esprit et âme, on passe subrepticement de ce père réel, vulgaire et peu exaltant, quant au modèle qu’il propose comme type d’homme, , surtout dans la parole de la mère, au père idéalisé, à Dieu le père. Liliane.

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bonjour....

cette fécondation par l'oreille ne me dit pas grand chose, ce n'est pas
dit explicitement comme ça dans les textes. Tout juste une référence à
l'Esprit qui couvre Marie de son ombre.
Ceci dit, le verbe a toute sa place, du moins dans l'Evangile de Jean,
et surtout dans le livre de la Genèse, comme verbe créateur. De là,à une
fécondation par l'oreille, il n'y a qu'un pas.
Je serais curieuse, Liliane, de ces références....
bonne journée et merci de vos lectures. Agnès.

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Chère Agnès,


le texte de Jones est très élaboré et complexe aussi j'ai besoin d'un peu de
temps pour en reconstituer le fil, mais je peux déjà répondre à propos des
textes bibliques. Vous avez raison, car Jones indique qu'il s'agit en fait
"d'une croyance, souvent oubliée de nos jours, mais maintenue dans les
légendes et les traditions de l'église catholique. Dans le passé, beaucoup
d'artistes et de pères de l'Eglise se sont référés à cette tradition. Le
plus célèbre Saint Augustin écrivait " Deus per angelum loquebatur et Virgo
per aurem impraegnebatur" Je me risque à cette traduction plutôt libre :
"Dieu, par un ange, parla et par l'oreille la vierge imprégna". Si
quelqu'un trouve mieux ...

Toutes les citations sont en latin et non traduites.

Gaude, Virgo, mater Christi
Quae par aurem, concepisti
Gabriel nuntio

Rejouis, toi, Vierge, mère du Christ,
qui par l'oreille fût conçu,
annoncé par Gabriel - (ce n'est pas tout à fait ça, mais le sens y est)


Réjouissez-vous, Vierge et Mère bienheureuse,
qui dans vos chastes flancs conçeutes par l'ouiyr,
l'esprit-Sainct opérant d'un très ardent désir,
Et l'ange l'annonçant d'une voix amoureuse.

Mais je vous continuer pour articuler comment Jones passe des pets du père
à son souffle fécondant puis à l'Esprit-Saint. Mais il évoque aussi ce
soufle fécondant dans beaucoup d'autres religions et dans d'autres
civilisations. Je continue demain. Amicalement. Liliane.

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Depuis quelques jours, je cherche cette citation qu'enfin j'ai trouvée :


"Dans ses simplicités à tous coups je l'admire,
Et parfois elle en dit dont je pâme de rire.
L'autre jour (pourrait-on se le persuader ?)
Elle était fort en peine, et me vint demander,
Avec une innocence à nulle autre pareille,
Si les enfants qu'on fait se faisaient par l'oreille"
Molère, l'Ecoledes femmes, I,1)
Amitiés
Annik

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Merci Annik d'avoir retrouvé l'innocence de la belle Agnès. Ce fantasme d'engendrement par l'oreille fait en effet partie des théories sexuelles infantiles réinterprétées comme le souligne Lacan en fonction des signifiants des pulsions partielles. Signifiants qui sont aisément interchangeables, c'est ainsi qu'on peut passer des vents du père au souffle, puis à la voix en s'élevant progressivement.

Jones suit également cette démarche dans son texte. Lui aussi part des théories sexuelles infantiles et des questions que l'enfant se pose quant à la façon dont sont conçus les enfants. Les parents échangent éventuellement leurs urines ou justement leurs gaz intestinaux puis cela se transfère de la phase anale à la phase orale. Un autre produit du corps peut lui aussi être mis en cause, la salive et le sperme sont posés comme équivalents. De la salive on passe au verbe, à la voix, et c'est l'oreille qui devient donc le réceptacle de cette parole fécondante. Je vous cite ce passage : "... la bouche a plus fréquemment une signification féminine, étant naturellement adaptée pour représenter un oragne récepteur. Cependant sa capacité d'émettre des fluides (salive et souffle), et le fait qu'elle contienne la langue, dont nous examinerons la signification symbolique, peut en faire convenablement une ouverture mâle ; l'idée de cracher, est dans la tradition l'un des symboles les plus communs de l'acte sexaul mâle ( de là, par exemple, l'expression "son père tout craché".

Qaunt à l'idée de soufle elle est liée au déplacement de l'intérêt de l'enfant pour les gaz intestinaux
"La recherche psychanalytique a montré que les enfants prennent très tôt à l'acte dont nous parlons (comme d'ailleurs à toutes les fonctions d'excrétions) un intérêt bien plus grand qu'on ne le suppose communément et peuvent y attacher une grande signifiacation. ... dans leurs premières interrogations sur ce que le père fait pour fabriquer un bébé, beaucoup d'enfants s'imaginent ... que l'acte mystérieux accompli par les parents consiste dans le passage du gaz du père à la mère, exactement comme d'autres enfants imaginent que d'autres enfants imaginent qu'il consiste dans le passage de l'urine".

Manifestement, pour Ersnt , quand, dans son fantasme, il copulait avec la fille de Freud avec l'aide d'un ruban de merde qui les reliait l'un à l'autre, c'est à partir des excréments du père que se fabriquaient les bébés. Pour Dora, c'était plutôt par la bouche, avec ces fantasmes de fellation qui s'exprimaient dans ses symptômes, son aphonie et sa toux. Liliane.
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Bonjour,

Sans doute que tout n'a pas été dit sur les notes du 8 décembre...

Mais les 2 courtes notes suivantes, du 9 et 10 décembre, me semblent une superbe
illustration de ce qui parsème ce que dit Lacan, enfin j'entends un peu ça. Ce sont les
mots, les lettres, la parole, l'histoire, la culture de l'analysant qui comptent. A l'analyste
d'être le plus ouvert possible et ne pas trop s'enferrer dans sa propre écoute.

Gabrielle

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Bonjour à tous, Bonjour Gabrielle,

Oui, il me semble qu’il y a encore des trucs à préciser concernant les notes du dimanche 8 décembre et du coup je n'ai pas été plus loin.

Peut-être il faudrait s'arrêter notamment sur cette remarque de Freud que quelque chose manque au sujet des rats « une contribution visant la mère ».

Et quand on y pense c’est en effet curieux que tout ce scénario des rats ne vise que le père et la dame. Freud s'en étonne lui aussi puisque qu’il dit que « c’est d’elle que part la résistance la plus forte ». Je trouve que cette formulation est ambiguë, la résistance part de la mère au lieu d’être contre elle, autour d’elle. C’est un peu comme si c’était elle qui jouait le rôle de contre-investissement du moi et éventuellement du Surmoi qui tous deux empêchent le retour du refoulé, soit la manifestation du désir inconscient et donc le sens du symptôme.

Cela vaudra la peine d’y prêter attention. Mais peut-être Freud nous en dira-t-il quelque chose, puisque il est déjà attentif.

Tout le thème de la simplicité soldatesque de son père est à nouveau repris à la fin de ces notes, sa « vulgarité » que d’ailleurs Ernst finit par attribuer à Freud. Comme son père, c’est un cochon, il se met les doigts dans le nez, c’est un trifouilleur de nez. A ce propos de ce terme, cela fait penser à Fliess, qui lui aussi était un trifouilleur de nez, pour de bon, il faisait des interventions chirurgicales fort entreprenantes dont avait d’ailleurs été victime la célèbre Irma et il faudrait que le vérifie, mais même Freud, s’était fait opérer par lui, pour je ne sais plus quel symptôme, peut-être des migraines. Il avait le bistouri entreprenant.

Nous sommes toujours dans le complexe anal, saleté et propreté, rapports à l’argent, économe ou généreux.

Mais aussi mauvaise éducation du père, signes de son inculture, tout cela doit être lié à ce qu’en dit sa mère, qui trouve que c’est « un type vulgaire ». Bravo pour le soutien de la métaphore du père dans la parole de la mère ! Bonne soirée. Liliane.

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