« Je ne l’épouserais pas pour ses beaux yeux mais pour son argent »

(notes du dimanche 8 décembre)

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Liliane Fainsilber

Freud nous rapporte dans ces notes, (celles du un fantasme de transfert où sa fille (la fille de Freud) a deux boules de merde à la place des yeux, ce qu’il traduit ainsi « il ne l’a pas épousé pour ses beaux yeux mais pour son argent » Ce qui nous ramène donc immédiatement aux circonstances qui ont présidé au mariage de ses parents mais qui est, en même temps, réactualisé dans sa propre vie, puisque il est à nouveau question qu’il se marie, et pour de l’argent, avec une jeune fille de la même famille que celle de sa mère, la famille des Speranski. C’est ce que Freud appelle l’origine de sa maladie, en note transversale.

« Par toute sorte de détours, sous le transfert de la cure (notamment par ce fantasme de la fille de Freud ayant ses boules de merde à la place des yeux), tentation dont la portée semble lui échapper. Un parent des Speranski voulait monter pour lui un cabinet près du marché à bestiaux, dès qu’il aurait son titre de docteur – ce qui à ce moment là ne devait durer que quelques mois – et lui procurer des clients. C’était en rapport avec le vieux projet de sa mère, d’après lequel il devait épouser une fille des Speranski, charmante personne maintenant âgée de dix-sept ans. Il ne se doute pas que pour s’éviter ce conflit, il s’est réfugié dans la maladie vers laquelle le choix infantile entre une sœur aînée et une cadette, ainsi que la régression à l’histoire du mariage de son père lui ont frayé la voie. »

Si je reprends cette analogie de l’entrepreneur et du capitaliste à propos de ce fantasme il me semble qu’on peut dire que l’occasion de l’invention de ce fantasme est, d’une part, le transfert sur une des filles de Freud de ce choix entre deux objets d’amour, et, d’autre part, la proposition d’installation de son cabinet par un parent des Speranski.

C’est cette proposition qui est l’entrepreneur du fantasme, mais sa vraie cause, si on peut dire, et donc le capitaliste c’est la mise à jour de la répétition du mariage d’argent du père. Mais il y a aussi une autre répétition, celle entre ses deux choix d’objet : par une substitution entre les deux sœurs et les deux jeunes filles. Peut-être même y a-t-il, également répétition à propos d’une impossibilité dans l’un de ses choix amoureux : Sa dame ne veut pas de lui et de plus ne peut pas avoir d’enfant, sa sœur aînée qui a du être l’un des ses premiers choix amoureux, elle, est morte à l’âge de quatre ans et demi. Ce qui rend également cet amour impossible.

A propos de ce nouage entre ce qui est répétition, presque à l’identique de l’histoire du père et cette sorte de mise en scène dans le transfert par le fantasme de la fille de Freud Lacan en a fait une belle lecture dans « Fonction et champ de la parole et du langage ». Nous aurons l’occasion de retravailler ce texte de plus près, quand nous lirons les textes de Lacan qu’il a consacré à la névrose obsessionnelle et à l’homme aux rats, mais il me semble qu’au point de croisement où nous en sommes arrivés dans cette lecture du journal, ce serait déjà éclairant d’en prendre un peu connaissance, voire de s’y repérer.

« … Freud arrive à son but : soit à lui faire retrouver dans l’histoire de l’indélicatesse de son père, de son mariage avec sa mère, de la fille « pauvre mais jolie », de ses amours blessées, de la mémoire ingrate à l’ami salutaire – avec la constellation fatidique, qui présida à sa naissance même, la béance impossible à combler de la dette symbolique dont sa névrose est le protêt »

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Retour séance du dimanche 8 décembre

Retour séances du journal d'une analyse.

Ci-joint une approche de ce protêt en tant qu’il est lié à une reconnaissance (ou non reconnaissance de dette ?) .

DR. COMM., FIN. Acte authentique dressé par un huissier à la demande du porteur d'un effet de commerce, d'une lettre de change ou d'un chèque pour constater, après sommation, soit le non-paiement à l'échéance de l'effet (protêt faute de paiement), soit le refus d'acceptation d'une traite (protêt faute d'acceptation) (d'apr. TÉZENAS 1972, Jur. 1985). Écrire, dresser, faire un protêt; dresser protêt. Un jour l'argent manqua pour parer à un payement : ma signature resta en souffrance; les protêts se succédèrent coup sur coup (REYBAUD, J. Paturot, 1842, p. 427). Mais, le lendemain, à midi, elle reçut un protêt; et la vue du papier timbré, où s'étalait à plusieurs reprises et en gros caractères : « Maître Hareng, huissier à Buchy », l'effraya si fort, qu'elle courut en toute hâte chez le marchand d'étoffes (FLAUB., Mme Bovary, t. 2, 1857, p. 136). Lorsqu'une traite n'est pas payée par le tiré, elle donne lieu à la formalité du protêt (BAUDHUIN, Crédit et banque, 1945, p. 38).
P. métaph. et abusivement. Je ne suis point qualifié pour discuter le principe. Je contiendrai tout murmure, mon protêt ne sortira pas de mon cœur (LAS CASES, Mémor. Ste-Hélène, t. 2, 1823, p. 567).
Prononc. et Orth. : []. Ac. 1694, 1718 : protest; dep. 1740 : -têt. Étymol. et Hist. 1. 1479 « déclaration, affirmation » protest (4 juin, Lett. de Franç. de Genas a Louis XI, Arch. ds GDF.); 1566 (Corresp. du Cardinal de Granvelle, publ. par E. Pontet, I, 258); 2. 1630 « acte par lequel un billet à ordre, un effet de commerce est protesté » protest (Arrêt ds KUHN, p. 142); 1675 protest faute de payement, protest faute d'accepter (SAVARY, Le Parfait négociant, I, 144, ibid., p. 143); 1680 protêt (RICH.). Déverbal de protester*. Fréq. abs. littér. : 48. Bbg. DARM. 1877, p. 52.