Troisième partie de ces notes de Freud du vendredi 18 octobre

Le rêve au bord de la rivière

Freud indique d'un III ce troisième rêve qui n'est pas pris dans le cours des séances mais est lui aussi, comme le second, un rêve plus ancien, avant l'analyse (Il date de décembre 1906- Janvier 1907 - le début de son analyse date du 1er octobre 1907) mais on peut quand même se demander s'il n'est pas en quelque sorte réactualisé, remanié du fait du transfert, au moment du récit, ce qui peut le laisser penser c'est qu'il ressemble étrangement, la scène se situant au bord d'une rivière, soit à un fantasme de renaissance, soit une sorte de baptême, en tout une sorte de cérémonie dans laquelle Freud serait quand même impliqué. Mais pour le justifier je cite d'abord le texte de ce rêve.
Tout d'abord ce commentaire qui fait donc partie du contenu latent du rêve comme tout ce qui accompagne le texte du rêve : " Il a apprécié un troisième rêve comme son bien le plus précieux ". Là aussi on peut donc considérer qu'il ne s'agit certes pas d'argent mais de quelque chose de proche " un bien ". Donc d'une fortune.
" Je me suis trouvé dans la forêt, je suis très triste. La dame vient à la rencontre, très pâle. (note du traducteur ; Reserl était très pâle aussi) " Ernst, viens avec moi, avant qu'il ne soit trop tard. Nous souffrons, je le sais ". Elle me prend par le bras ( la formule signifiante en est " unter den arm nehem " " prendre sous le bras " expression signifiant : passer son bras sous l'aisselle de quelqu'un pour le conduire ou l'aider à marcher ; au sens figuré : secourir quelqu'un ".

Donc il s'agit bel et bien qu'elle lui porte secours. " Elle me prend par le bras et m'emporte avec violence. Je lutte avec elle, mais elle est trop forte. Nous arrivons à une large rivière, où elle s'arrête ".
Donc dans cette partie du rêve, c'est sa dame qui lui porte assistance, qui le soutient sous les bras, qui le porte à bout de bras.
Dans la dernière partie de ce rêve, c'est là, je pense, que Freud est présent, quand il pose comme équivalent " ses haillons " et " sa maladie " (peut-être même l'est-il dans la première partie, comme étant celui qui le soutient sous les bras)
C'est curieux que ce soit par sa dame qu'il pense pouvoir être guéri de sa maladie : " le rêve tout entier lui promet la santé par l'intermédiaire de la dame ". Je me suis demandée si ce n'était pas un rajout fait au moment de son récit, donc au cours de son analyse, et que donc c'était un forme de fantasme de guérison analogue à celui que l'on retrouve dans l'analyse de l'Homme aux loups, simplement là, ce n'est pas en apparence, tout au moins, de Freud, de l'analyste, qu'est attendue la guérison, mais par l'intermédiaire de la dame, c'est elle qui doit le sauver de sa névrose.

A moins que, comme sa dame était très pâle, ce qui pourrait indiquer qu'elle était en mauvaise santé, voire mourante, son secret espoir de la voir disparaître, lui aurait en effet permis de guérir, en supprimant celle qui en était l'une des causes. C'est une hypothèse qui n'engage que moi mais quand même…

Donc ce rêve qui est un fantasme de sauvetage par sa dame, aurait peut-être une double détermination, du côté de l'amour ou du côté de la haine :
Du côté de l'amour : Le fait qu'elle le sauve de sa névrose peut être interprété comme si elle était la cause de sa névrose : Elle ne l'aime pas. Donc dans son rêve : elle l'aime et donc il n'a plus à souhaiter sa mort et donc tombe les raisons de ses obsessions.
( cela n'exclut pas le sens que lui donnait Marc, un des sens de ces fantasmes de sauvetage : le fait que d'une part, elle est sa mère et que lui, Ersnt, soit son enfant phallus) Mais dans ce cas-là il ne risque pas d'être guéri de sa névrose.

Du côté de la haine : Elle meurt donc il se débarrasse de sa névrose en même temps qu'elle.

A propos des haillons dont il se débarrasse et la façon dont il se trouve drapé dans des vêtements resplendissants, il me semble que Ersnt à une sorte d'aperception de ce qui un des effets de l'analyse, une sorte de restauration de son image narcissique, qui bien que secondaire par rapport au travail sur les sens des symptômes remis en scène dans l'analyse, par le transfert, n'en est pas moins un effet important : s'aimer soi-même, sans mégalomanie, mais avec un minimum d'estime, cela peut aussi être un effet bénéfique de l'analyse.

A propos de cette formule signifiante qui semble organiser son rêve " unter den arm nehem " " secourir quelqu'un ", j'ai pensé à ce que raconte Lacan de la jouissance féminine dans le séminaire Encore. (je n'ai pas le texte sous la main et je le cite donc de mémoire ) : " …de temps en temps, il y a quelque chose qui les secoue, qui les secourt… "

Je continue à lire cette série de notes qui sont un peu foisonnantes.