Notes de Freud datées du vendredi 18 octobre

Liliane Fainsilber

- Les indélicatesses de Ersnt redoublant celles de son père
- Le rêve de Reserl, une jeune fille fiancée, à qui Ernst avait pourtant " volé " " un baiser


Freud signale que ces notes ont été prises après-coup, et donc nous ne pouvons plus repérer le contenu des séances au jour le jour mais simplement prendre en compte les notes de Freud qui sont quand même prises au jour le jour.

Plusieurs nouveaux thèmes apparaissent :

1 - Il me semble qu'on voit apparaître le thème des indélicatesses du père avec les reproches que se fait Ernst concernant une tricherie au jeu de 21, où il avait gagné une grosse somme, le fait que son père l'avait poussé à voler quelques kreuzers dans la poche de sa mère or il ne faut pas oublier que c'est sa mère qui a la fortune. On retrouve donc le même thème de la fortune du père de Dora équivalente à la puissance sexuelle. Son père manquait de fortune = était impuissant.
Il est surprenant que ce soit son père qui l'ait poussé à détrousser sa mère- si on peut utiliser ce mot.

Il se sent très coupable de ce forfait, du coup il a abandonné à sa mère tout son héritage et ne se contente que d'un peu d'argent de poche qu'elle lui alloue. C'est d'ailleurs pour ça qu'il a été obligé de demander de l'argent à sa mère et donc d'obtenir son accord de fait pour pouvoir commencer son analyse.
Suit une phrase peut compréhensible d'emblée concernant ce thème de la lâcheté que l'on retrouve à nouveau mais cette fois-ci avec l'adjectif " ladre ". Il rajoute qu'il n'est pas enclin à l'être.

A ce propos une question se pose : est-ce qu'il est ladre pour avoir cédé sa part d'héritage à sa mère, ce qu'il aurait pas du accepter, ou bien parce qu'il serait justement trop attaché à l'argent ? La seconde phrase, concernant les difficultés qu'il a eues pour avoir prêté de l'argent à un ami ou à son ami, pourrait le laisser supposer. La première hypothèse me semble être la bonne car elle semble confirmer par le fait qu'il n'ose pas prêter des objets ayant appartenus à ses parents ". Il est en plein dans la grande équivalence symbolique décrite par Freud : " merde, argent, cadeaux, pénis, enfant " et sa lâcheté, je ne sais ce que vous en penserez me semble être mise en rapport par lui, avec le fait qu'il ne sent pas libre d'utiliser à sa guise l'argent qu'il a reçu en héritage de son père, mais en fait il semble qu'il continue à l'attribuer à sa mère. C'était en effet elle, la jeune fille riche que son père avait épousé.

2 - Son attirance pour " Reserl ", une jeune fille à laquelle " il a volé un baiser " ( survenant dans la suite des associations du vol des kreuzers dans le " sac à main " ou la " poche " de sa mère.
Associé à cette tentative de séduction, il est à nouveau accaparé par l'idée que sa dame pourrait subir quelque chose d'analogue au supplice des rats, ce n'est pas évoqué explicitement, de façon un peu vague " un mal survenant à sa dame, quelque chose comme le fantasme du capitaine Nemeczek.
Un rêve - c'est le premier, sinon raconté, au moins cité par Freud, reprend plus explicitement son idée obsédante concernant sa dame.

3 - Le rêve de Reserl

Freud met entre guillemets et cite donc le texte de ce rêve :
" Reserl est chez nous ; elle se lève comme hypnotisée et, pâle, se place derrière ma chaise et m'entoure de ses bras. C'était comme si j'avais voulu me libérer de son étreinte, comme si chaque fois qu'elle frôlait ma tête il arrivait à la dame quelque dommage - un dommage dans l'au-delà aussi. Cela se passait automatiquement, comme si le dommage avait déjà été produit pas la caresse ".

Suit cette remarque de Freud : " on n'interprète pas le rêve, car il n'est précisément que l'idée obsédante plus nette dont il n'ose pas se rendre compte pendant la journée.)
Ce rêve d'aujourd'hui l'a beaucoup affecté … "
On découvre en cette occasion la prudence de Freud, par rapport à ce rêve, il n'y touche pas, tout en repérant son lien avec l'idée obsédante qui l'avait précédée. Comme si tout était encore trop tôt et qu'il était comme on dit urgent d'attendre.

Dans une seconde partie notée d'un grand II, Freud relate un second rêve d'Ernst…
Mais à chaque jour suffit sa peine…

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