Les notes de Freud du vendredi 18 octobre
(deuxième partie)

Le rêve dit des épées japonaises

Liliane Fainsilber

C'est le deuxième rêve de Ersnt, raconté dans cette analyse, et que note Freud, le premier étant celui de Reserl qui l'entoure de ses bras.

Freud répartit ces notes du jour en trois parties, dans la première partie, il décrit ses problèmes avec l'argent et l'héritage de son père, puis nettement séparées en deux autres parties distinctes, la première partie annoncée par un grand I est consacrée à son rêve avec Reserl, la seconde titrée grand II, pourrait avoir pour tire " le rêve dit des épées japonnaises ". L a troisième grand III est encore un rêve que Ersnt qualifie comme " étant son bien le plus précieux ". Il faut toujours fiare attention, nous indique Freud a tout ce qui accompagne, commente le texte d'un rêve, car il fait déjà partie de son interprétation, il est déjà un fragment de son contenu latent.

Mais concernant ce second rêve que nous pouvons titrer " rêve des épées japonaises, on ne sait pas tout de suite que c'est le texte d'un rêve, car cette fois-ci, il n'y a pas de guillemets qui l'annonce.
Il semble que c'est un rêve ancien qu'il raconte puisque ses séances d'analyse ont lieu en octobre 1907, et il relate ce rêve comme daté d'octobre 1906, " peut-être peu de temps après s'être masturbé lors de la lecture du passage de Poésie et vérité de Goethe, ce passage où le jeune Goethe est délivré de la malédiction qui pesait sur lui, où il peu à nouveau embrasser une femme. On peut donc en déduire que pour Ersnt aussi la malédiction est levée et qu'il peut donc à nouveau se masturber. Cependant on peut remarquer que par rapport à ces deux rêves juxtaposés par Freud lui-même, puisqu'il associe le rêve de Reserl, fait en cours d'analyse, apparemment, et cet ancien rêve, il s'agit également de baiser, de baiser interdit puisqu'il ne peut être que volé.

Le rêve des épées japonaises met en scène un beau fantasme de sauvetage : " La dame est en situation de détresse Il prend ses deux épées japonaises et la libère ". Il assume là, avec ces deux épées, une position tout à fait virile, il se comporte en galant homme. Si on reprend toutes les équivoques signifiantes du verbe sauver, on peut dire donc qu'il lui fait un enfant, lui donne un enfant. (le problème étant - et on l'apprendra par la suite - c'est que justement, elle a subi une opération chirurgicale au niveau des ovaires et qu'elle ne peut plus avoir d'enfants.). Ce point intervient aussi dans la névrose de Ernst et notamment dans sa grande obsession des rats, elle n'est pas sans rapport avec ce fait réel, son impossibilité de le rendre père ou de la rendre mère.
Freud raconte la suite de ce rêve : " il la découvre appuyée contre un mur, liée avec des poucettes ". (1) Donc les mains attachées. Peut-être est-ce l'équivalent d'être marié et donc d'avoir la corde au cou. Il semble que c'est en tout cas ce que Freud suggère.
Les épées japonaises existent réellement et sont suspendues au dessus du chevet de son lit. Elles sont un cadeau de sa sœur. Freud poursuivant sans doute sur la question des poucettes, Ernst lui répond que sa sœur est mariée et très heureuse. Mais Ersnt nous révèle alors un cause inattendue de son rêve : " Peut-être la bonne, qui a l'habitude d'épousseter quand il dort encore, a-t-elle touché les monnaies, dont son faites ses épées, et fait ainsi un bruit qui a pénétré dans son sommeil ".
Cela révèle du même coup une grande intimité avec cette bonne et on peut se demander si ce n'est pas elle qu'il aurait souhaiter sauver ou sauter.
Suit le troisième rêve que je garde pour une prochaine fois comme un " bien le plus précieux ".

(1) - (Dans Trésor de la langue française : Vx. Corde ou chaînette à cadenas servant à attacher ensemble les pouces d'un prisonnier, pour le réduire à l'impuissance. Synon. cabriolet (v. ce mot B 1 b), menottes.
Mettre les poucettes à qqn. Le geôlier écarquillait les yeux, les gendarmes croyaient que je révélais le nom d'un de mes complices; ils m'auraient mis volontiers les poucettes (CHATEAUBR., Mém., t.4, 1848, p.87).

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