Un fantasme de retour au ventre maternel

Liliane Fainsilber

Je continue ma lecture des notes du vendredi 3 janvier. Pages 231 à 235

Dans ces notes Freud indique qu'on arrive " au germe de ses délires " il en donne la formule " tant de florins, tant de rats ". Pour le comprendre il faut substituer encore à ces rats, des queues de rats = pénis et donc coïts. Donc la formule est plutôt pour chaque coup (de queue-) tant de florins. C'est donc bien un mode de rapport avec les femmes qui relève de la prostitution.

La question de l'argent revient également avec la fortune du père économiser et à reconstituer, ce qui tracasse la mère.

Ce qui reste quand même plus qu'énigmatique dans son fantasme des deux femmes gigognes c'est le fait que sa cousine qui était à l'intérieur de sa tante s'enfla tellement qu'elle fit éclater en quelque sorte son contenant, sa tante.

Il doit y avoir quand même dans ce fantasme un jeu signifiant en allemand que je ne peux saisir entre " enfler " et " éclater ". Freud en apparence tout au moins ne cherche pas à le déchiffrer.
Si j'avais écouté Ernst, à supposer de plus qu'il parle en français, j'aurais peut-être pensé à cette si amusante fable de La Fontaine, " La grenouille qui veut de se faire aussi grosse que le bœuf et qui enfla si fort qu'elle éclata. " Mais on ne peut guère aller plus loin. Encore que ces deux verbes enfler et éclater peuvent quand même faire penser à un ventre qui enfle et donc à un fantasme de grossesse tel que l'enfant peut le déduire en constatant en effet que sa mère a soudain un gros ventre .

Et d'ailleurs si on reprend le texte de ce fantasme : " son sourire particulier ( celle de cette femme qu'il avait rencontré dans la rue, une prostituée) éveilla en lui l'idée bizarre que sa cousine était dans son corps et que ses parties génitales étaient placées derrière celles de la femme et qu'elle retirait quelque profit de chaque coït ", on peut le rapprocher du fantasme de l'Homme aux loups, celui que Freud appelle " Fantasme de retour au ventre maternel ".

Ce double fantasme, fantasme de renaissance et fantasme de retour au ventre maternel est décrit par Freud dans son texte de L'Homme aux loups au moment où il reprend son symptôme hystérique, le soubassement hystérique de sa névrose obsessionnelle. Serguéi, puisque c'est ainsi qu'il se nomme, souffrait d'une constipation opiniâtre qui ne cédait que lorsque l'un de ses majordomes lui administrait un lavement avec cet instrument qu'on appelle un clystère.
Vous pouvez le retrouver dans les Cinq psychanalyses, p.402 à 404.

Je pose donc que ce fantasme des deux femmes gigognes est l'équivalent de ce fantasme de l'Homme aux loups et que donc par transposition, nous pouvons en déduire qu'avec ce fantasme, nous trouvons là non seulement le point d'origine de son grand scénario obsessionnel, mais également le soubassement hystérique de sa névrose obsessionnelle, névrose obsessionnelle " carabinée ". C'est un mot du midi, je pense, que mon père utilisait souvent pour exprimer sa dimension magistrale.
Liliane Fainsilber.