Notes sur L'Homme aux rats (suite)

dans la biographie de Freud écrite par Ernest Jones

Liliane Fainsilber

 

Dans le second tome de la biographie de Freud, p. 279, sous le titre Exposés de cas, Ernest Jones présente donc l'histoire analytique de l'Homme aux rats.
" S'appuyant sur l'exposé condensé et assez fragmentaire d'un cas difficile, Freud y étudie longuement la structure particulière de l'état déconcertant d'une névrose obsessionnelle. Il émet l'avis que, pour la connaissance des processus inconscients, l'étude de cette névrose est bien plus instructive que celle de l'hystérie. "

En quoi serait-elle plus instructive ? Est-ce en raison de la prévalence de ses processus mentaux extrêmement complexes ?
Nous aurons l'occasion de retrouver les arguments de Freud concernant les privilèges de cette névrose par rapport à celle de l'hystérie, mais peut-être ces privilèges sont-ils également attribuables au fait que ce sont ceux de sa propre névrose.

L'analyse débuta donc le 1er Octobre 1907. Elle dura onze mois. " Le résultat, écrit Jones, en fût brillant, le malade put, par la suite, réussir aussi bien dans sa vie que dans son travail ". Cependant il fut tué pendant la première guerre mondiale.

On peut retrouver les premiers comptes-rendus de cette analyse dans les Minutes psychanalytiques de Vienne. Volume I

Au bout d'un mois de traitement, le 6 et le 30 octobre, Freud présente ce cas, au cours des soirées analytiques du mercredi. On peut retrouver le procès verbal de ces séances rédigées par Federn.
Il reparle le 20 novembre, de l'extraordinaire façon de prier de cet analysant.
Le 22 janvier, le symptôme du lorgnon.
Le 8 avril, il décrit et analyse magistralement sa grande obsession des rats, celle qui lui a donné son nom.

Il le présente enfin au congrès de Salzbourg le 27 avril 1912 où il fournit d'amples détails personnels sur le cas, plus librement qu'il n'eut pu le faire dans un rapport publié.

A propos de son intervention à ce congrès, Jones indique également que Freud parla d'abondance pendant plusieurs heures, emporté par l'intérêt pour son sujet. (page 44 volume II de la biographie) :
" Assis au bout de la longue table autour de laquelle nous étions réunis, il parlait de sa voix basse mais distincte, comme dans une conversation. Il commença à huit heures du matin et nous l'écoutâmes avec une attention profonde. A onze heures il s'arrêta en suggérant que nous en avions assez. Mais nous étions tous si intéressés que nous insistâmes pour qu'il continuât, ce qu'il fît jusqu'à une heure. Celui qui est capable de tenir un auditoire suspendu à ses lèvres pendant cinq heures de suite a certainement des choses utiles à dire. Toutefois nous étions plus charmés encore par son extraordinaire don d'exposer nettement un sujet que par la nouveauté de ce qu'il disait "
Bref il y a du transfert. Chacun boit ses paroles et reste suspendu à ses lèvres. Freud était sorti de son isolement.


Jones évoque également les commentaires théoriques dont Freud accompagne et complète cette histoire clinique. Cela vaudra la peine de reprendre ces passages après avoir nous-mêmes lu ou relu le texte de Freud pour apprécier la lecture que Jones en a fait.
Je terminerai ces notes sur ce qu'il écrit à propos de cette analyse de l'Homme aux rats : " Les capacités analytiques de Freud se manifestèrent plus que jamais dans l'élucidation de ce cas. Sa délicate et ingénieuse interprétation, sa compréhension des processus psychiques les plus complexes avec leurs jeux subtils de mots et d'idées, ne peuvent manquer de susciter l'admiration et ont rarement été surpassés dans ses autres travaux. "

 

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