Notes de lecture sur L'homme aux rats

dans la biographie de Freud écrite par Ernest Jones

I

Liliane Fainsilber

 


J'ai été relire ce que Jones avait écrit, dans sa biographie de Freud, de la rencontre de Freud avec celui qui deviendra célèbre sous le nom de l'Homme aux rats.

Alors que l'analyse de Dora avait eu lieu les trois derniers mois de l'année 1899, l'analyse de ce juriste de trente ans débuta en octobre 1907 et dura onze mois. Il y a donc sept d'intervalle entre ces deux analyses.

Jones évoque deux fois cette analyse, une première fois, dans le chapitre intitulé " Travaux techniques ", une seconde fois lorsqu'il présente les travaux cliniques de Freud et donc chacune des cinq psychanalyses.

Je commence par la première de ces occurrences :
Dans " travaux techniques " p. 244 - volume II de la vie et l'œuvre de Sigmund Freud. Les années de maturité.

" Si nous nous proposons d'en parler ici, c'est parce que Freud avait l'habitude de détruire les manuscrits et les notes dont il s'était servi et cela pour tous les articles qu'il publiait. Par une chance singulière pourtant, les observations au jour le jour qu'il nota chaque soir à propos de ce cas ont été sauvées, tout au moins la partie la plus importante de celles qui concernent les quatre premiers mois du traitement. Ces renseignements ont une valeur inestimable en nous fournissant l'occasion d'épier, si l'on peut dire, Freud dans son travail journalier, dans sa façon de doser ses interprétations, nous observons sa façon caractéristique de se servir d'analogies pour illustrer un argument. Nous prenons également connaissance des conjectures préliminaires destinées à lui seul, et qui pourront ensuite de se trouver soit confirmées, soit réfutées et aussi du procédé expérimental utilisé dans
ce travail réalisé bribes par bribes. Le coup d'œil ainsi jeté dans les coulisses offre, surtout pour le praticien, un considérable intérêt.

Certains points de la technique freudienne à cette époque méritent tout particulièrement de retenir l'attention. C'est ainsi qu'il fait part à ses malades d'un plus grand nombre de détails qu'il ne le fera plus tard et qu'on a actuellement coutume de le faire. Il dit agir ainsi, non pour convaincre le sujet, mais simplement pour pousser ce dernier à lui fournir des matériaux plus significatifs. En outre, les notes inédites nous apprennent que Freud, à ce moment là plus que par la suite, adoptait une attitude familière avec à l'égard de ses patients, ce que n'autorise plus le procédé employé depuis par les psychanalystes. A dire vrai, il n'invitait plus ses clients à déjeuner chez lui, comme il n'avait fait entre 1880 et 1900, mais partageait parfois avec eux des rafraîchissements qu'on leur apportait pendant les séances. "


A propos de ces collations, nous retrouverons dans ce journal d'une analyse, un fabuleux exemple des effets qu'avait eu et surtout qu'aurait pu avoir pour L'Homme aux rats, pour le déroulement de cette analyse, le fait que Freud lui avait fait apporter, au cours d'une de ses séances, parce qu'il avait faim, une assiette de harengs de la Baltique.
Nous verrons en effet se déployer étroitement articulé à ce que Freud avait manifesté de son désir, à ce moment là, un magnifique fantasme que nous pouvons appeler, non sans raison, " le fantasme au hareng ", comme étant l'une des variantes de son fantasme dit fondamental .

Or étrangement, de ces effets, Freud ne pipe pas mot dans le texte officiel des cinq psychanalyses. Cela reste son secret et pour cause…

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