Discussion à batons rompus

autour de cette huitième séance

 

Cette toute puissance de la pensée de Ernst, présente dans ces deux
séances 8 et 9, me semble donner une illustration de limite
incertaine entre le possible et l'impossible. Le désir de la Dame qui
ne veut pas de lui n'arrête nullement le sien, et il envisage
sérieusement que sa pensée ait pu, à elle seule, mettre à mort le
professeur qui s'est opposé bien malgré lui à ses desseins en
occupant la chambre qu'il convoitait lors de son séjour à Munich.

Dans l'inconscient, la non contradiction entre des éléments opposés,
comme des désirs par exemple, montre que, au moins jusqu'à un certain
point, certaines choses ne sont pas impossibles ; En dehors de ce
champ, cela pose vite problème. Par exemple Ernst aime sa Dame et
veut pourtant la détruire à d'autres moments, parfois peut-être en
même temps.

La névrose de Ernst interroge singulièrement ce registre de
l'impossible à commencer par son obsession où il craint que son père
déjà mort puisse souffrir du supplice des rats.

Marc Turpyn

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Je me permets de reprendre le fil de cette conversation que j'ai suivi jusque-là silencieusement - Quelque chose dans ce récit de l'histoire de l'homme aux rats m'arrêtait. Mais vous m'avez bien éclairé - pas encore totalement car il me semble que l'oralité, la masturbation (rôle de maîtrise vis-à-vis du désir de la mère immaîtrisable ?) - jouent aussi un rôle sans parler des commandements dans cet équilibre instable pulsionnel de la NO...

Voici donc pèle-mèle deux ou trois notes prises au vol :
Ce qui fait donc retour via les symptômes et donc échec au refoulement, c'est la jouissance interdite du désir de la mère (le signifié du désir de la mère à Ernst)... Freud permet à ce refoulé de repasser par les défilés du signifiant et donc à cet interdit de se dire ; le refoulé passerait donc d'un interdit imaginaire - celui émis sous formes de commandements par un surmoi déchaîné (un père imaginarisé !) - à un inter-dit symbolique celui que lui autorise Freud grâce à ce moment charnière que Liliane situe à la 6eme séance - où il lui fait don - selon Lacan - de la parole ; sans doutes, ce moment est t-il nécessaire - sans quoi, Ernst ne pourrait-t'il pas se croire sans cette mise au point - comme on ferait en photographie, recadrage du sujet - en face d'un mage ou d'un charlatan ? Ce faisant, Freud lui offre ce socle, cet appareillage symbolique sans lequel, pas d'analyse possible. Le discours de Ernst semble reprendre sa cohérence au fur et à mesure de l'avancée de l'analyse où du moins, les symptômes les plus lourds semblent se dissoudre, s'apaiser selon ce qu'avait noté Saleh il y a quelques temps.

Freud ne cède pas un pouce de terrain sur son désir à lui et se garde bien d'autoriser le moindre écart à notre ami Ernst, il maintient contre vents et marées l'inter-dit: "abandonner le traitement ou livrer son secret".
L'inverse de ce processus analytique serait pour moi bien représenté par ce moment où le Capitaine dit cruel sussure aux oneilles de notre brave Ernst cette histoire de rats perforants - En quelque sorte, c'est une véritable interprétation dans l'imaginaire que Nemescek sans le savoir - en toute inconscience et méchanceté - livre à Ernst de sa névrose


Jean-Pierre Feifer

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Merci Jean-Pierre pour ce riche message. J'en reprends deux points, par rapport justement à ce désir de sa mère, je trouve en effet que jusqu'à cette huitiéme séance, elle en est jusque-là singulièrement absente, sauf son intervention qui est quand même de taille du début de l'analyse, car c'est avec son assentiment, son accord financier, que Ernst peut s'engager dans ce travail avec Freud. On ne va la voir apparaître qu'à ma séance suivante, quand elle jure que sur son âme il ne pourra pas aller rejoindre sa Dame, elle le lui interdit.
Donc on peut se demander si le secret que Ernst garde n'est autant celui concernant sa mère que celui de sa Dame. L'un va avec l'autre.

Je suis d'accord avec vous sur le fait que Freud maintient fermement son désir, il n'empêche qu'il ne semble pas encore en avoir trop l'art et la manière, car lui demander d'apporter une photo de sa dame me paraît quand même être un peu fort de café.
Il substitue à la parole quelque chose d'autre, que je ne peux pas trop qualifier, comme s'il faisait entrer dans le cadre analytique, un élément de réalité qui n'avait pas forcément à y être.
Et il me semble que ce n'est pas Freud qui dans cette séance, énonce qu'il doit où arrêter son analyse ou livrer son secret, mais Ernst lui-même. puisque ce qu'i introduit la phrase c'est ce mot "conflit". Donc il a été au bord de la rupture, en réponse à cette demande de Freud. Il aurait bien pu prendre la poudre d'escampette tout comme l'avait fait Dora.
Ceci dit je trouve que tous les deux font littéralement un travail fabuleux et cette séance sur les rites religieux de Ersnt, ses prières qui durent une heure et demi pour tenter d'échapper à l'oeuvre de sabotage qu'exerce son inconscient sur son respect envers Dieu a vraiment une grande portée clinique. Ce pauvre homme avec ces obsessions ne doit pas avoir une minute de repos.

Liliane Fainsilber

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Bonjour à tous, je viens de lire cet article de Freud "Actions compulsionnelles et exercices religieux"(NPP) et je vous le conseille. Il établit une comparaison entre le cérémonial névrotique de la NO et celui de la religion.Il reprend également tout le mécanisme de la formation des symptômes,le destin de la pulsion refoulée,l'echec du refoulement,etc..tout cela fait echo aux échanges récents et permet de se remémorer les processus de base de la NO.

Geneviève Abécassis

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Chère Geneviève, ce texte que vous nous proposez de relire arrive en effet fort à propos avec ces deux passages de la huitième séance, concernant les "prières" de Ernst, d'abord marquées de négation, puis émaillées de jurons, puis pour échapper en quelque sorte à ses infiltrations, ces pollutions, cette annihilation de ces manifestations d'amour pour le père que devrait constituer la prière, son invocation, il les réduits à des initiales, qui les laisse juste deviner, ce fameux " Gigellsamen" je pense qu'en français cela pourrait donner les initiales du "notre père", "Je vous salue marie, plus le confitéor ou les hymnes à la Vierge Marie. Mais Freud ne doit pas trop savoir comment il a fabriqué cela puisqu'il met entre parenthèses ( détails à demander).

Liliane Fainsilber

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