Notes de Freud du lundi 14 Octobre ( dixième séance)

Helga, la grande soeur de Ersnt

Liliane Fainsilber

 



Nous aurions pu travailler les deux séances du 13 et 14 octobre ensemble, car elles sont en pleine continuité l´une avec l´autre et ce qui en fait le point de jonction c´est ce souvenir de la mort de sa soeur aînée, Helga.

J´ai été reprendre donc la composition de la famille de Ersnt, car au cours de ces séances, on voit successivement apparaître des événements sexuels ou agressifs envers ses frères et soeurs.

- Helga, née en 1873 et morte en 1881 ou 1882
- Ingrid, serait née en 1875
- Grete serait née en 1877
- Ernst né au printemps 1878 - il avait donc trois ou quatre ans au moment de la mort d´Helga.
- Hugo est né à l´automne 1879.
- Rita serait née en 1881.
-Erika serait née en 1883.

Les parents d´Ernst n´avaient donc pas chômé et Ersnt avait de très bonnes raisons d´être très jaloux de ses frères et soeurs.

Donc dans cette dixième séance, Freud reprend les trois souvenirs de la mort d´Helga, souvenirs qu´il avait oublié de mentionner au moment où Ersnt les a raconté. Ils lui reviennent en mémoire à propos de la séance précédente. On ne sait donc pas au cours de quelle séance Ersnt en a parlé, puisqu´il écrit (p 103) " Je n´ai pas mentionné trois souvenirs se rapportant à sa quatrième année, relatés antérieurement... "

Au début de cette dixième séance, il reprend et son propre oubli et sa confusion entre deux analysants. Il ne sait plus en effet si ce souvenir appartient à Ersnt ou à un autre de ses analysants. Il met entre parenthèses cet aveu " oublié cela à cause de mes propres complexes ". Cette confusion qu´éprouve Freud est liée à la mort de son petit frère Julius.

Donc ces souvenirs concernant Helga la soeur aînée chronologiquement s´organisent ainsi :

- Alors qu´Helga avait huit ans et Ernst trois ans et demi, sa soeur lui avait dit " sur mon âme, si tu meurs, je me tue " (à rapprocher de la phrase de sa mère " sur mon âme, tu ne feras pas ce voyage ! "). Or cette phrase a dû être prononcée, si on s´en tient aux dates indiquées, très peu de temps avant sa mort, puisque Ernst avait quatre ans à sa mort. Donc on peut penser qu´elle avait été dite six mois avant.

- Dans le premier souvenir, on la porte dans son lit.

- Dans le second, il demande : " Où est Helga " en entrant dans la chambre où son père pleure, assis dans son fauteuil.

- Dans le troisième, son père se penche sur sa mère éplorée.

Je trouve la conclusion de Freud un peu inadaptée par rapport à ses souvenirs traumatiques, qu´est-ce qu´il en déduit en effet :
" La mort l´avait touché de près et il avait vraiment cru que si on se masturbe on en meurt ".

C´est donc Freud qui réarticule donc ces souvenirs-écrans de la mort de la soeur avec la thème de la masturbation.

Et je voudrais illustrer à ce propos ce que Mireille avançait hier de la question de la structure, parce que là on voit bien la différence me semble-t-il entre ce que Freud appelle " construction en analyse " et ce qu´est pour Lacan la structure. Quand il parle du thème de la masturbation et de l´angoisse de castration qu´elle provoque pour Ernst, la peur d´avoir son membre tranché, et le fait que le père a dû intervenir dans son enfance pour la lui interdire, il est dans la construction, et aussi dans ce que Clavreul appelle " Un semblant ".

Par contre là où Freud commence à cafouiller en ne se souvenant plus trop quand ni surtout à qui se rapportent ces trois souvenirs-écrans de la mort de la soeur, là il est en plein dans la structure de l´analysant, il est partie prenante de cette structure en écho à sa propre histoire familiale. Ce qui en fait la jonction, la partie commune, c´est la mort de Julius et d´Helga. C´est en effet des différences repérées entre sa propre histoire et celle de son analysant, que l´analyste peut se dégager de ce que les analystes anglaises, des femmes très fûtées, (Lucie Towwer, Barbara Law, Margaret Little) appelaient " névrose de contre-transfert " d´où Lacan, non moins fûté, à extrait, a dégagé ce qu´il a nommé " le désir du psychanalyste ".
Mais ce qui compte, par rapport à cette question de la structure, c´est le fait que l´analyste soit pris en plein dedans la structure de la névrose de l´analysant, qu´il y soit partie prenante, de gré ou de force. Avec Helga, Freud y est de force, mais il lui a manqué de pouvoir y être de son plein gré. Je me demande dans quelle mesure ce que j´essaie de dire est compréhensible. Mais je pourrais essayer de mieux le formuler, c´est en effet une première mouture. Mais ce que ça montre déjà c´est l´opposition qu´il y a entre ces deux approches radicalement différentes de la structure de la névrose de l´analysant. L´une est une approche consciente déduite des faits, à savoir des dits de l´analysant, l´autre est une approche totalement inconsciente. C´est la seule qui vaille, car elle place le désir de l´analyste, en tant que désir de l´Autre, donc reprenant la place du désir parental, au coeur de la névrose de l´analysant.

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